Aller au contenu

TSA

Alexithymie : pourquoi vous n’arrivez pas à nommer ce que vous ressentez

Ce trouble méconnu explique une part importante des difficultés émotionnelles des adultes avec un TSA au quotidien.

Tous les articles

Publié le 15 janvier 20252 min de lecture

Qu’est-ce que l’alexithymie ?

L’alexithymie complique l’identification et la mise en mots de ses propres émotions. Elle toucherait près de la moitié des adultes autistes (Fitzgerald et Bellgrove, 2006), sans se confondre avec l’autisme lui-même ; on la rencontre aussi en dehors, à des degrés variables. Les émotions restent bien présentes. C’est leur reconnaissance et leur traduction en langage qui empruntent un chemin plus long, moins automatique.

Une difficulté qui commence dans les sensations

Nommer une émotion suppose d’abord de percevoir les sensations physiques qui la portent ; une gorge serrée, un cœur qui s’accélère, une pesanteur diffuse. Quand ces signaux internes sont perçus de façon atténuée ou tardive, la marche entre la sensation et le mot devient plus haute. Bird et Cook (2013) défendent une piste éclairante ; une part des difficultés émotionnelles longtemps attribuées à l’autisme relèverait plutôt de l’alexithymie qui l’accompagne souvent. La nuance déplace la question du diagnostic vers un fonctionnement précis, sur lequel on peut intervenir.

Comment se manifeste-t-elle au travail ?

En entretien professionnel, la question « comment vous sentez-vous dans cette situation ? » peut laisser un vide. L’indifférence n’y est pour rien ; la réponse demande simplement un travail que d’autres font sans y penser. Le même mécanisme complique la lecture des émotions d’autrui, ce qui pèse sur les échanges professionnels comme sur les désaccords à dénouer. Une personne alexithymique passe ainsi parfois pour distante ou froide, alors qu’elle traite les informations émotionnelles par un autre chemin, plus coûteux.

Que faire ?

Le vocabulaire émotionnel se travaille, à tout âge. Des supports visuels et des cartes émotionnelles aident à relier une sensation à un mot, puis ce mot à une situation vécue, jusqu’à ce que le lien devienne plus rapide. Ce cheminement demande du temps et de la répétition ; il ne se décrète pas en une séance. La formation « Mieux me connaître pour mieux m’insérer » lui consacre une séquence entière, parce que savoir nommer ce que l’on ressent conditionne la capacité à le réguler et à le faire comprendre.

« Les émotions sont là, intactes. L’alexithymie verrouille seulement la porte du langage qui permet de les nommer ; ce langage s’apprend. »Jérôme Joffray
Références
Fitzgerald, M., & Bellgrove, M. A. (2006). The overlap between alexithymia and Asperger’s syndrome. Journal of Autism and Developmental Disorders, 36(4), 573-576.
Bird, G., & Cook, R. (2013). Mixed emotions: the contribution of alexithymia to the emotional symptoms of autism. Translational Psychiatry, 3, e285.
Kinnaird, E., Stewart, C., & Tchanturia, K. (2019). Investigating alexithymia in autism: A systematic review and meta-analysis. European Psychiatry, 55, 80-89.

Partager cet article